HISTORIQUE D’IOC/RIO TINTO CHEZ LES INNUS

Les Innus

Les Innus de Uashat mak Mani-utenam et de Matimekush-Lac partagent les mêmes ancêtres mais constituent aujourd’hui deux collectivités et sociétés distinctes au sein de la grande Nation innue. Leur territoire traditionnel, nommé «Nitassinan» en langue innue, couvre une partie importante du Labrador et du Nord-Est québécois. Tout comme leurs ancêtres, ces deux Premières Nations occupent et habitent aujourd’hui leur territoire traditionnel et y exercent leur mode de vie innu, ce qui inclut la pratique de leurs activités traditionnelles, notamment, la chasse, la pêche, le piégeage et la cueillette.

L’arrivée d’IOC/Rio Tinto chez les Innus

À la fin des années 1940, c’est dans le Nitassinan des Innus de Uashat mak Mani-Utenam et de Matimekush-Lac John que la Compagnie minière IOC (« IOC »), maintenant détenue majoritairement par le géant minier Rio Tinto, a débuté la construction de son mégaprojet d’exploitation du minerai de fer. Ce mégaprojet comprend 20 mines maintenant abandonnées dans la région de Schefferville, 9 mines à leur complexe minier en opération à Labrador City, le chemin de fer QNS&L, les 3 barrages hydro-électriques de Menihek, Twin Falls (plus tard, Churchill Falls) et Sainte-Marguerite 2 et les installations portuaires d’IOC à Sept-Îles. Le mégaprojet a dévasté le Nitassinan des Innus de manière définitive et a forcé l’éviction des familles innues de leur territoire natal tout en les dépossédant illégalement de ce qui était l’essence de leur mode de vie traditionnel.

Efforts des Innus pour faire la paix avec IOC/Rio Tinto

Depuis maintenant quatre ans, les deux collectivités innues ont démontré une grande ouverture et une réelle volonté pour trouver des solutions honorables à leur conflit avec IOC/Rio Tinto, dont une tentative de négocier de bonne foi avec les représentants d’IOC/Rio Tinto une entente sur les répercussions et les avantages («ERA»), tout comme elles ont réussi à y parvenir avec les quatre autres compagnies minières qui opèrent dans leur Nitassinan (dont l’une, ArcelorMittal, opère depuis les années 1960s chez les Innus).

Les ententes de partenariat (souvent appelées  « ententes sur les répercussions et les avantages » ou « ERA ») entre les industries des ressources et les Premières Nations font maintenant partie intégrante du contexte économique moderne au Canada. Ces ententes permettent aux Premières Nations de répondre aux besoins socio-économiques criants dans leurs communautés tout en assurant aux industries d’éviter les coûts et les risques rattachés aux projets faisant l’objet de revendications de droits non encore réglées.

IOC/Rio Tinto tente par tous les moyens de résister à cette nouvelle réalité qui assure pourtant un développement ordonné des ressources naturelles du Canada, et ce, à l’avantage de l’ensemble des Canadiens. En effet, le comportement d’IOC/Rio Tinto est d’autant plus étonnant dans un contexte où la Cour suprême du Canada vient de livrer un message clair et sans équivoque (dans une cause semblable à celle des Innus contre IOC à la Cour supérieure du Québec) aux gouvernements, mais aussi aux promoteurs dans le cadre du jugement Nation Tsilhqot’in c. C-B. En effet, la Cour suprême dans ce jugement historique et fortement médiatisé a rappelé aux gouvernements et aux promoteurs qu’ils ne peuvent pas ignorer les droits des Premières Nations sur leurs terres traditionnelles et leurs ressources naturelles.

Recours entrepris et autorisé contre IOC/Rio Tinto

C’est dans ces circonstances que les Innus de Uashat mak Mani-utenam et de Matimekush-Lac John ont déposé leurs procédures judiciaires à l’encontre d’IOC le 18 mars 2013 à la Cour supérieure du Québec à Montréal. Dans le cadre de ces procédures, les Innus invoquent leur titre ancestral quant aux sites des projets d’IOC/Rio Tinto, de la même manière que la Première Nation Tsilhqot’in a réussi à faire à l’égard des opérations forestières dans leur victoire historique à la Cour suprême le 26 juin 2014. La requête des Innus vise à arrêter les projets d’IOC au Québec et au Labrador et demande également la réparation pour les dommages causés par IOC évalués à 900 millions de dollars.

À cet égard, IOC a tenté de faire rejeter ces procédures judiciaires en essayant de convaincre la Cour que les Innus devaient s’en prendre plutôt aux gouvernements. Toutefois, le juge a rejeté le 19 septembre dernier la requête d’IOC autorisant ainsi les Innus à continuer leurs procédures judiciaires contre la compagnie.

Histoire des « pierres de la honte » retournées à IOC/Rio Tinto

Les pierres retournées à IOC/Rio Tinto avaient été installées à l’entrée des églises de Uashat et Mani-Utenam le 4 septembre 1970 (tout comme une autre à Schefferville le 5 septembre 1970) dans une cérémonie présidée par le Premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, afin de commémorer 100 ans de découverte du minerai de fer dans la fosse du Labrador par le Père Louis Babel. Le Père Babel avait noté la géologie et géographie de la fosse dans ses journaux lors de ses expéditions d’évangélisation des Innus de la Côte-Nord du Québec. Ces pierres, des blocs composés de minerai de fer de quelques tonnes chaque et d’environ 1 mètre de hauteur, représentent non seulement la découverte du minerai de fer, mais également la période tragique de l’exploitation du minerai par IOC/Rio Tinto qui s’en est suivie.

Ces pierres, extraites du Nitassinan des Innus dans la région de Schefferville, représentent la commémoration d’une découverte qui n’en est pas une puisque le Père Babel a simplement rendu-compte des connaissances territoriales que les Innus lui avaient transmises en l’accompagnant lors de ses expéditions. En outre, IOC a pu exploiter sa première mine grâce à la connaissance du Nitassinan d’un grand chasseur innu, Mathieu André, lequel a révélé en 1937 l’endroit d’un gisement à forte teneur en fer, comme le confirme le livre Héritage de Caïn d’IOC.

Enfin, 144 ans plus tard, ces pierres de fer, représentant la gloire d’IOC/Rio Tinto, évoquent, au contraire, l’emblème d’un long traumatisme éprouvant pour les Innus de Uashat mak Mani-Utenam et de Matimekush Lac John qui ont été brimés dans leurs droits, leurs activités traditionnelles, leur mode de vie innu et leur identité.

Aujourd’hui, l’éveil et la réclamation des deux communautés font suite à l’indignation d’un peuple qui voit son territoire dévasté et ses droits constamment violés par IOC/Rio Tinto, première compagnie à exploiter le Nitassinan dans le non-respect et la dernière à refuser un partenariat avec les véritables propriétaires des ressources naturelles. Signe d’une constante affirmation de leurs droits et fierté d’un peuple, c’est dans ce contexte que ces pierres ont été retirées  des communautés innues et retournées à IOC/Rio Tinto.